Hollywoodland 80's : le cinéma américain des années 80
Review de
Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Ancien homme à tout faire auprès de John Carpenter, Nick
Castle fut notamment scénariste de "New York
1997" et assistant caméraman de "Dark star", dans lequel il jouait en prime le rôle de l'extra-terrestre ! Après un premier film variant avec
inventivité sur la thématique des serial killers de l'époque, "Tag", il enchaînait avec "Starfighter", l'une des imitations les plus
originales et les plus rafraîchissantes de "La guerre des
étoiles".
L'action se situe dans un camping, lieu de résidence permanent d'une poignée de sympathiques protagonistes, en particulier Alex Rogan qui, à 18 ans, rêve de voyages et de grandes aventures. Or
pour l'heure, il passe le plus clair de son temps à réparer les appareils électriques de ses voisins, quand il ne traîne pas avec une bande de copains pas franchement finauds.
Ses seules évasions sont une jolie petite amie et un jeu vidéo d'arcade baptisé « Starfighter ». Devenu
virtuose aux commandes de cette bataille spatiale virtuelle visiblement inspirée du célèbre « Space Invaders » qui faisait à l'époque fureur sur les consoles Atari, Alex finit par atteindre le
meilleur score. Aussitôt, un homme étrange, qui se fait appeler Centauri, l'aborde en se présentant comme le créateur du jeu. Grâce à son score, le jeune prodige vient d'être sélectionné pour
devenir lui-même un Starfighter, autrement dit joindre une escouade de pilotes de vaisseaux spatiaux censés s'unir pour défendre l'univers face à la menace du sinistre Zur. Evidemment, Alex n'y
croit pas une seconde, mais lorsque la voiture de Centauri se met à voler au-dessus de la route en prenant les allures de la Delorean de "Retour vers le futur", puis s'élève au-dessus de l'atmosphère pour
le conduire dans une station spatiale, il est bien obligé de se rendre à l'évidence : Starfighter n'est pas seulement un jeu vidéo. Refusant cette trop lourde responsabilité dans un premier
temps, Alex finit par accepter, tandis qu'un robot à son effigie le remplace sur Terre le temps de la bataille, occasionnant les séquences les plus drôles du film. Car
"Starfighter", paré d'une mise en scène alerte de Nick Castle, ne s'interdit aucun trait d'humour, sans verser pour autant dans la pantalonnade parodique.
A celle de "La guerre des étoiles", le film ajoute l'influence de "Tron", et profite de la brèche
ouverte par ce dernier pour oser un tour de force technique alors très avant-gardiste : abandonner les maquettes pour reconstituer toutes les séquences spatiales en image de synthèse. Ce parti
pris, aujourd'hui banalisé, était évidemment fort risqué en 1985, et on ne peut que saluer la qualité du résultat. Car si les vaisseaux spatiaux en 3D souffrent fatalement de textures moyennement
réalistes (en particulier lors de la poursuite à l'intérieur d'un astéroïde qui évoque "L'Empire contre-attaque"), le dynamisme de leurs chorégraphies est
une indéniable réussite. « "Starfighter" était un film pivot en ce qui concerne l'avancement technique des effets visuels réalisés sur ordinateur », raconte le spécialiste des effets numériques
Kevin Rafferty. « L'équipe de Digital Productions a remporté un Oscar spécial en 1984 pour notre travail sur ce film, qui contient de nombreux plans
intégralement réalisés en image de synthèse. » (1)
Comme en outre la partition symphonique de Craig Safan n'a rien à envier aux envolées lyriques de John Williams et Jerry Goldsmith, et que les maquillages
extra-terrestres se démarquent habilement de ceux des "Star Wars" et des "Star Trek", "Starfighter" est assurément l'un des space opera les plus réjouissants des années
80.
(1) propos recueillis par votre serviteur en décembre 2008