| titre original | "Clash of the Titans" |
| année de production | 2010 |
| réalisation | Louis Leterrier |
| interprétation | Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes |
| version précédente | "Le choc des Titans", Desmond Davis, 1981 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Fan du "Choc des Titans" original depuis son enfance et
chouchou des grands studios grâce au succès de "L'incroyable Hulk", Louis Leterrier s’attaqua à ce remake après le désistement de Stephen Norrington ("Blade"). Rasé de près comme un G.I. anachronique, Sam Worthington incarne Persée, fils de Zeus et d’une mortelle dont la famille d’adoption fut
massacrée à cause du dieu des enfers Hadès. Ivre de vengeance, il mène une troupe de soldats aux confins du monde pour trouver le moyen de détruire le Kraken, un monstre abominable créé par
Hadès. Si Persée et ses hommes échouent, le Kraken ravagera la cité d’Argos, à moins que la belle princesse Andromède ne soit livrée à ses appétits.
La trame principale du premier "Choc des Titans" a donc été respectée, mais les motivations des protagonistes ont considérablement évolué. Car si
le Persée de 1981, amoureux d’Andromède, acceptait sagement l’aide de Zeus pour sauver sa dulcinée, celui de 2010 est un homme en colère. La princesse en péril n’est qu’un prétexte, sa quête
prenant la tournure d’une crise d’adolescence tardive. Persée refuse en effet l’autorité parentale pour pouvoir s’affirmer en tant qu’homme. Rejetant la part de divinité qui coule dans ses
veines, il lutte contre les obstacles dressés sur sa route mais aussi contre sa propre dualité. Ce thème passionnant s’efface hélas sous les traits bruts d’un scénario qu’on eut aimé moins
mécanique. A ce titre, les interventions artificielles de la demi-déesse Io (Gemma Arterton) et des exaspérants faire-valoir comiques incarnés par
Ashraf Barhom et Mouloud Achour laissent perplexe.
Ces réserves à part, il faut reconnaître à Louis Leterrier un indéniable savoir-faire dans
le domaine du grand spectacle. La quasi-totalité du bestiaire imaginé en 1980 par Ray Harryhausen est de retour, relooké par le designer Aaron Sims ("Je suis une légende"). Les gigantesques scorpions bénéficient ici d’un hyperréalisme étourdissant, les sorcières du Styx et le
nocher des enfers Charon arborent d’hideux faciès qui semblent empruntés à l’univers de Guillermo del Toro, le cheval Pégase s’élance dans les airs avec la même grâce que son aîné (même si ici,
bizarrement, son pelage a viré au noir) et la femme serpent Méduse préside une belle scène de suspense, rampant à vive allure autour de ses victimes pour mieux les piéger.
Certes, plusieurs maladresses entravent l’impact des monstres, notamment le montage
épileptique du combat contre les scorpions qui rend la plupart des actions illisibles, ou la texture numérique peu réaliste de la Méduse, calquée sur le corps du top model Natalia Vodianova. Mais l’ampleur du spectacle n’en souffre pas outre-mesure. Le morceau de bravoure du film réside cependant dans son climax, l’intervention du Kraken
coupant le souffle grâce au magnifique design de la créature mais aussi à la démesure de son anatomie tentaculaire n’en finissant plus d’émerger des flots. Perfectible mais très divertissant, ce
"Choc des Titans" remplit donc son cahier des charges, nous offrant au passage quelques seconds rôles prestigieux tels que Liam Neeson,
Ralph Fiennes, Pete Postlethwaite et Mads Mikkelsen.
|
Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |