Couverture de The Economist du 29 octobre 1983
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Couverture du Time du 7 novembre 1983
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L'île accéde à l'indépendance le 7 février 1974 sous Eric Gairy. Mais le gouvernement de celui-ci devient progressivement autoritaire, déclenchant un coup d'État en 1979 par le populaire et
charismatique leader populiste Maurice Bishop. Ce dernier n'organise pas d'élections et sa politique socialiste le rapproche considérablement des communistes
de Cuba. Ceci est dérangeant pour les pays voisins, comme Trinité-et-Tobago, la Barbade, la Dominique et surtout les Etats-Unis. Au sein du gouvernement socialiste, des dissensions entre une
section pro-soviétique loyale à Moscou et les partisans de Bishop conduisent à l'arrestation de ce dernier. Il est exécuté le 19 octobre 1983, l'armée
(dominée par les éléments pro-soviétiques) prenant le pouvoir ce jour-là.
Le 25 octobre 1983, soit 6 jours plus tard, la Grenade est envahie par une coalition menée par les Etats-Unis, une
opération nommée Urgent Fury. Cette intervention est demandée par l'Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OECE), mais la requête est en
fait été rédigée par Washington. L'opération est le plus grand déploiement américain depuis la guerre du Viêtnam.
La guerre est rapide et la coalition américaine (7 000 soldats américains et 300 hommes d'Antigua, la Barbade, la Dominique, la Jamaïque, Sainte-Lucie et Saint-Vincent, qui n'ont pas participé
aux combats) vient rapidement à bout des forces grenadiennes (1 200 soldats, assistés par 784 Cubains et quelques instructeurs provenant d'U.R.S.S. et d'autres pays communistes). La plupart des
Cubains présents sont en fait des ouvriers travaillant à la construction d'un grand aéroport sur l'île, qui ont reçu un bref entraînement militaire. Cet aéroport (l'actuel aéroport Point Salines
de St George's) est achevé par les Etats-Unis bien plus tard.
Ronald Reagan a lancé l'attaque officiellement pour assurer la sécurité des étudiants américains présents. Mais il apparaît aujourd'hui pour la plupart
des observateurs que rien ne menaçait réellement ces étudiants, et que le traumatisme de la prise d'otage de Téhéran a causé une réaction excessive des
Etats-Unis.
Il faut également relever que 2 jours auparavant, le 23 octobre 1983, un attentat meurtrier à Beyrouth contre une caserne américaine (concommittant à
l'attentat du Drakkar) avait humilié les Etats-Unis.
On se doute également que les Etats-Unis ne voyaient pas d'un bon œil l'établissement d'un nouveau relais communiste aux Amériques. Ronald Reagan avait notamment dénoncé la construction de
l'aéroport de Point Salines avec l'aide de Cuba, affirmant qu'il avait un objectif militaire. Des estimations largement exagérées par rapport à la réalité, mais qui ont fait mouche dans le
contexte du regain de tension entre les deux blocs.
La Reine Elisabeth II, alors chef d'Etat de la Grenade, a vivement dénoncé l'invasion, tout comme les Nations Unies (veto américain au Conseil de Sécurité, et
108 contre 9 à l'Assemblée générale).
Le bilan de l'invasion fut de 19 soldats américains, 45 soldats grenadiens et 25 Cubains tués. De nombreux civils ont également été tués (au moins 24
recensés, peut-être plus de 100 en réalité). Par exemple, un hôpital psychiatrique fut bombardé à la place d'un quartier général militaire.
Les premières vraies élections du pays furent tenues en 1984, et virent la victoire des pro-américains. L'invasion fut en effet très populaire parmi la population grenadienne, qui était largement
hostile aux putschistes.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |