| titre original | "Dead and buried" |
| année de production | 1980 |
| réalisation | Gary Sherman |
| scénario | Dan O'Bannon et Ronald Shusett |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Par sa mise en scène très efficacement sobre et son acheminement lent vers la folie, "Réincarnations" distille un véritable climat de terreur, lequel est renforcé - au lieu
d'être désamorcé - par une solide dose d'humour noir.
L'histoire, apparemment policière, glisse le spectateur dans la peau du shérif Dan Gillis, interprété par James Farentino (transfuge de la série "Dallas"). Celui-ci, œuvrant dans la petite
station balnéaire Potter's Bluff, sur la Côte Est, voit sa tranquille routine subitement brisée par d'étranges actes de violence. Coup sur coup, il doit faire face à trois morts par le feu,
mystérieuses et atroces. Inquiète de sa réputation, la petite ville tranquille affirme qu'il s'agit d'accidents sans aucun lien les uns avec les autres. Pour Gillis, ce sont indiscutablement des
crimes.
Et nous voilà face à un schéma qui nous est familier depuis "Les dents de la mer". Mais ce vague sentiment de
déjà-vu vole vite en éclats face à l'audacieuse originalité de l'argument. Car malgré les pressions, Gillis enquête, collecte d'étranges indices, et ses investigations tournent au cauchemar. Il y
a d'abord ces vivants qu'il croise et qui ressemblent étrangement aux victimes brûlées vives... Il y a ce piéton gravement blessé qui disparaît sans laisser de traces tel un fantôme. Et il y a
surtout William Dobbs (Jack Albertson), croquemort et embaumeur qui semble en savoir bien plus qu'il ne le dit, et qui fut jadis renvoyé de l'hôpital où il exerçait à cause d'expériences
illicites qu'il y menait.
Peu à peu, Gillis en vient à douter de ce qu'il découvre et de sa propre raison, son investigation prenant un tour cauchemardesque qui n'est pas sans évoquer celle de Mia Farrow dans "Rosemary's baby", d'autant que l'épouse de Gillis (la belle Melody Anderson) semble impliquée dans cette étrange affaire. Mystère et inquiétude se développent sourdement, jusqu'à un
dénouement démesuré, inattendu, qui remet non seulement en cause tout le film, mais marque une première dans l'histoire du cinéma fantastique, tant l'idée est inédite et surprenante. Pour en
décrire l'impact sans gâcher la surprise, il faudrait comparer cette chute à celle de "La planète des singes". Après le choc, le film s'achève sur une séquence à la fois macabre et terriblement
émouvante, prouvant qu'il est possible d'éprouver des sentiments pour des zombies, pour peu que ces derniers soient conscients de leur état pathétique...
Les auteurs de ce scénario fou ne sont autre que Dan O'Bannon et Ronald Shusett, à qui nous devons rien moins que l'histoire d'"Alien". A la réalisation épurée de Gary Sherman se
conforment le jeu dépouillé des acteurs et des effets spéciaux cosmétiques étonnamment réaliste signés Stan Winston. La mise en scène en plan séquence de l'embaumement de la jeune fille,
notamment, est servie par un maquillage surprenant et semble rendre hommage à une des scènes de "L'invasion des profanateurs de sépultures". "Réincarnations" propose ainsi un
regard tout à fait neuf sur le thème des zombies, et son titre original - "Dead and buried", c'est-à-dire « mort et enterré » - eut été bien préférable à cette « traduction » française
passe-partout et surtout hors-sujet.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |