| titre original | "Swamp thing" |
| année de production | 1981 |
| réalisation | Wes Craven |
| scénario | Wes Craven |
| interprétation | Ray Wise, Louis Jourdan, Adrienne Barbeau |
| suite | "Le retour de la créature du lagon", 1989 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Après quatre slashers fort remarqués par le public et la critique, Wes Craven plante sa caméra dans les marécages de la Caroline du Sud
pour s'essayer à l'adaptation d'un comic book. "La créature du marais" s'inspire ainsi des planches créées au début des années 70 par Len
Wein et Bernie Wrighston.
Le docteur Alec Holland (Ray Wise, futur personnage clef de la série "Twin Peaks") y expérimente la création d'une
nouvelle espèce vivante mixant l'animal et la plante, à l'abri des regards curieux dans son laboratoire perdu dans les marais. Evidemment, comme tout apprenti-sorcier qui se respecte, ses
expériences se retournent contre lui, et le voilà transformé en monstre mi-homme mi-végétal. Le maléfique docteur Anton Arcane (Louis Jourdan, le méchant
d'"Octopussy"), qui a eu vent de ses projets, compte bien capturer la créature pour lui voler sa formule qui, selon lui, pourrait lui donner accès à
l'immortalité...
Visiblement, Wes Craven n'est pas à l'aise avec l'univers de la bande dessinée, tant il peine à
trouver le ton juste et le traitement adéquat. Le scénario pioche un peu au hasard du côté de "L'étrange créature du lac noir", "La Belle et la Bête", "King Kong" ou "Frankenstein" sans trop savoir sur quel pied danser, et
n'ose pas vraiment aborder de front la thématique écologique pourtant sous-jacente. L'intrigue se réduit à sa plus simple expression, les dialogues sont d'une indigence confinant à la stupidité,
et les personnages sont de simples caricatures sans l'ombre d'une profondeur. Le public visé semblerait donc à priori être enfantin, mais la mise en scène du créateur de "La colline a des
yeux" dément formellement cette première impression.
En effet, l'horreur pointe parfois le bout de son nez, comme ce bras coupé à la machette ou ces métamorphoses
douloureuses, sans parler de cet érotisme incongru et gratuit au cours de deux scènes topless parfaitement déplacées. L'une nous dévoile les charmes indiscutables d'Adrienne Barbeau, ex-égérie de John
Carpenter, se baignant langoureusement dans le marais. L'autre concerne une danseuse vaguement orientale en plein strip-tease tandis qu'une demoiselle à l'avant-plan
voit son soutien-gorge dégrafé à la hâte par un mercenaire goulu ! On nage donc en plein n'importe quoi, et ni la photographie hideuse, ni la musique de supérette n'améliorent évidemment la
chose.
Quant aux effets spéciaux, ils suscitent carrément l'hilarité, tant ils font peine à voir. La créature
vedette est engoncée dans un costume en caoutchouc qui plisse aux articulations, et le monstre que devient Arcane à la fin du film n'aurait pas dépareillé chez "Spectreman" ou "X-Or". Il s'agit d'une espèce de crocodile bipède affublé d'une perruque du plus ridicule effet. Certes, le budget
alloué au cinéaste - 3 millions de dollars - ne lui permettait guère de faire des merveilles, mais était-ce une raison pour bâcler autant l'aspect artistique de son film ? Probablement frustré
par cette étrange expérience, Craven créa deux ans
plus tard un monstre autrement plus convaincant : l'incontournable Freddy Krueger des "Griffes de la nuit".
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |