| titre original | "The return of swamp thing" |
| année de production | 1989 |
| réalisation | Jim Wynorski |
| interprétation | Louis Jourdan, Heather Locklear |
Review de Gilles
Penso (www.filmsfantastiques.com)
Habitué aux nanars fantastico-érotiques et aux budgets ridicules, Jim Wynorski s'est vu accorder des moyens largement plus conséquents qu'à son habitude pour
diriger cette improbable suite de "La
créature du marais" de Wes Craven. Suite que les distributeurs français ont traduit curieusement par
"Le retour de la créature du lagon", entretenant un lien trompeur avec "L'étrange créature du lac noir" et annihilant du même coup les liens avec le film précédent.
Au premier degré sinistre du premier "Swamp thing", Wynorski préfère largement la franche rigolade, et sa séquelle prend
par moments les allures d'un "Toxic
avenger", avec force gags stupides, séquences burlesques et dialogues décalés. Comme lorsque ce redneck pur jus, en voyant la
créature, s'écrie : « Un homme-choucroute ! », ou lorsque ce couple de gardes du corps compare ses cicatrices en imitant une des scènes cultes des "Dents de la mer".
Le look du monstre vedette, toujours
campé par le cascadeur Dick Durock, a sérieusement été amélioré. Si le caoutchouc prédomine encore, la texture végétale et les proportions colossales de son
corps ont gagné en crédibilité, tout en se rapprochant des dessins de Bernie Wrightson. Louis Jourdan lui aussi rempile
dans le rôle du maléfique docteur Arcane. Transformé en bestiole grotesque puis abattu à la fin de "La créature du marais", nous le retrouvons ici en pleine forme et sous des traits humains, via un prétexte scénaristique absurde et évasif. Devenu émule du docteur Moreau, il
bricole toutes sortes de croisements bizarres entre l'homme et diverses espèces animales, comme ces incroyables homme-éléphant, homme-hippopotame ou homme-cafard, dus à l'imagination fertile des
maquilleurs Steve Neill, Michael Jones et Dean Gates. Cet excès de monstres nous
donne droit à un combat homérique entre la créature vedette et une espèce de bestiole humanoïde à la tête en forme d'aspirateur visqueux, qui semble tout droit issue d'un "Godzilla".
Pour aller au bout de la thématique de la Belle et la Bête, amorcée timidement par
Wes Craven, Wynorski ose carrément la scène d'amour entre l'homme-plante et la blonde Heather Locklear. Mais ici, tout est en retenue. Pas de sexe, pas l'ombre d'un sein dans ce "Swamp thing 2", malgré un casting féminin plutôt sculptural.
Wynorski s'est donc considérablement assagi, donnant même la vedette à deux gamins déjantés qui tentent de photographier la créature du marais pour se faire
un peu d'argent. Beaucoup plus proche de l'esprit du comic book, beaucoup plus fun et volontairement dérisoire, cette séquelle enterre donc sans conteste son triste
prédécesseur.
Conscients qu'une nouvelle suite pourrait finir par lasser, les producteurs ont ensuite eu l'idée de poursuivre les aventures de la créature sur le petit écran, sous forme
d'une série télévisée mettant une fois de plus Dick Durock dans la peau de l'homme-plante (de 1990 à 1993), puis d'une mini-série animée diffusée en 1991 sur
Fox Kids. Plusieurs produits dérivés suivirent (des jouets, des jeux vidéo), mais force est de constater que "La créature du marais" n'a pas encore
vraiment eu l'adaptation filmée qu'elle méritait.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |