"Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une
culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris." Bertrand Tavernier
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article de Nicolas Bernard de Histoforum.org paru suite à la publication du "Cinéma des
années Reagan"
La triomphale élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis devait donner un nouveau souffle à
l'Amérique.
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Tout en terrassant un boxeur soviétique quasi-robotisé sur un ring moscovite ("Rocky
IV"), Sylvester Stallone reconquérait le Viêtnam ("Rambo II : la mission") et l'Afghanistan ("Rambo III"), après avoir eu quelques démêlés avec les autorités pour avoir tenté d'oublier ce pays en chassant
le cerf ("Rambo").
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S'élabore alors un cinéma authentiquement « reaganien », en ce sens qu'il perpétue directement ou non les valeurs défendues
publiquement par ce Président. Son héros est un personnage hostile au monde urbain, seul ou traumatisé, inaccessible à la modernité pour lui préférer des valeurs plus traditionnelles telles que la virilité masculine,
allergique aux sournois déchirements bureaucratiques de l'administration, mais amené à défendre l'Amérique face à un péril
extérieur que l'armée ou la police, empêtrées dans la paperasserie et les obscurs concepts juridiques, peine à conjurer.
Fait significatif, ce personnage est généralement issu de l'étranger : Stallone est d'ascendance italienne, Schwarzegger d'origine autrichienne, Vandamme est parti de sa Belgique natale... Bruce Willis lui-même est, dans
"Piège de cristal",
un « étranger » venu de New York pour débarquer dans une Californie qui le laisse, dès son arrivée, plus que perplexe !
Mais parce qu'il faut exorciser le cauchemar du déclin précédent, parce que le combat pour l'Amérique passe par une phase de
rédemption proche du christianisme, ce héros doit connaître une terrible phase de souffrance physique pour mieux renaître et, conséquence de la maxime
nietzschéenne selon laquelle « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », sera à même d'exterminer ses ennemis.
Yoda avait donné le ton : « Désapprends ce que tu as appris ! » Schwarzegger, dans "Predator", abandonne la technologie pour se fondre dans
la jungle et affronter le tueur extraterrestre sur son propre terrain, et Stallone recourt à la même stratégie contre son ennemi soviétique dans "Rocky IV" (film plus complexe et moins manichéen qu'il
n'y paraît), allant jusqu'à s'entraîner en Russie pour l'affronter à Moscou. Dans ce contexte, la culture physique, ou le culte du corps musclé,
bodybuildé, loin de répondre à une intention mercantile (« Tout dans les biscotos, rien dans la tête ! »), sert à revaloriser l'image masculine après
la « dégénérescence » des années Carter. Pour daté que puisse apparaître le concept de nos jours, il n'en a pas moins été utile à la mythologie reaganienne d'un retour à la force brute.
Difficile de résumer ce recueil d'articles aussi passionnants les uns que les autres, mais force est de constater que si l'objectif était de déterminer une cohérence à la si méprisée filmographie
américaine des années 80, le résultat a été incontestablement accompli. Le livre permet ainsi de mieux appréhender le cinéma d'aujourd'hui, et ses implications politiques, culturelles,
médiatiques - tant il est vrai que le 7ème art n'est autre que le reflet de notre société.
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