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"Le sang, il y a autant de façons de le montrer que de réalisateurs." John Landis
Le loup-garou de Londres
"Le loup-garou de Londres"

Extraits de l'ouvrage "Le cinéma gore, Une esthétique du sang" de Philippe Rouyer (1997, Editions du Cerf).
Pour en savoir plus, lire aussi "Gore, autopsie d'un cinéma" de Marc Godin (1994, Editions du Collectionneur).

Fort de ses succès commerciaux et de l'intérêt qu'il a suscité chez les cinéastes durant la précédente décennie (voir Le cinéma gore américain des années 70 : l'explosion), le gore est à son apogée au début des années 1980. Il devient une seconde nature pour le cinéma d'horreur qui, d'abord dopé par cette nouvelle esthétique de la représentation, s'enferre peu à peu dans le stéréotype et la caricature, malgré les quelques coups d'éclat de vétérans et les audaces de jeunes loups. Ce syndrome ne touche pas seulement le cinéma d'horreur : tout au long de ces années de mutation, la contamination du gore à l'ensemble de la production se poursuit. Sous couvert de réalisme, la scène (ou le plan) gore devient une solution facile pour frapper les esprits. De la même manière que, dans les années 70, on ajoutait plus ou moins artificiellement des scènes de lit ou de douche, prétextes à nudité, on pimente désormais les productions les plus variées d'intermèdes sanglants. Pour le meilleur et pour le pire...

I - Le gore prémonitoire

"Shining"

Signe de l'importance du cinéma d'horreur au début de la décennie, Stanley Kubrick, qui n'avait réalisé que 2 films en 10 ans, décide de faire une incursion dans le genre. Il ne s'agit pas d'un film gore, mais il ne saurait faire l'économie de plans gore : l'image récurrente des 2 fillettes qui baignent dans leur sang, la métamorphose de la femme en zombie pourrissant, et surtout, les flots de sang qui jaillissent des portes fermées de l'ascenseur.
"Nous ne voulions pas découper les corps en morceaux, faire couler l'hémoglobine", explique Diane Johnson, la co-scénariste de
Stanley Kubrick. Pour qui ne voulait pas faire couler l'hémoglobine...


II - L'éternel retour du tueur fou ou psychopathe

Les stalker films ou slasher movies pour (grands) adolescents

"Vendredi 13"
Financée sur un coup de bluff, cette petite production indépendante gore a été la première à être distribuée par une Major, Paramount, qui exploitera le filon dans 7 des 9 séquelles. Tom Savini, déjà responsable des effets de maquillage sur "Zombie", a particulièrement soigné 4 des 10 meurtres : le sang coule abondamment de la gorge tranchée de la cuisinière, le garçon crucifié sur la porte a un oeil crevé, une flèche transperce lentement le cou d'un garçon étendu sur son lit après l'amour, enfin la mère de Jason a la tête coupée à la machette lors d'un interminable ralenti qui s'attarde sur les jets de sang expulsé de l'extrêmité supérieure du tronc cadrée en gros plan.

Cette violence n'a pas été du goût de tout le monde : voir les critiques de cinéma américains des années 80. Paramount a réagi en coupant les effets gore du "Tueur du vendredi" ("Vendredi 13, IIe partie) et de "Meurtres à la Saint-Valentin" à la veille de leur sortie en 1981. Et à partir de "Meurtres en trois dimensions" ("Vendredi 13, IIIe partie"), les films de la série ne comporteront guère plus d'un effet gore, les autres crimes étant soit suggérés, soit montrés avec une grande sobriété (couteaux et haches s'enfoncent sans faire gicler le sang).

"Les griffes de la nuit"
C'est avec ce film que Wes Craven redore le blason du stalker film. Une dimension fantastique y est donnée aux effets gore : Freddy, s'il use de ses griffes comme d'une arme blanche, dispose aussi de pouvoirs surnaturels pour infliger à ses proies des tourments fort peu réalistes. Le corps lacéré, Tina, la première victime, est projetée au plafond où elle reste plaquée quelques secondes avant de s'écraser sur son matelas dans une gerbe de sang ; Glen est aspiré dans le creux de son lit d'où jaillit bientôt une colonne de sang qui ne tarde pas à s'étaler sur le plafond.

Les films de psycho killer plus adultes

Parallèlement à la mode du stalker film, des cinéastes tournent des films davantage orientés sur la psychologie des tueurs.

"
Pulsions" : cf. la scène de meurtre au rasoir dans l'ascenseur + le finale.


Chez
Brian De Palma, d'autres effets gore dans les années 80 : cf. "Body double" avec le meurtre à la perceuse électrique, et "Scarface" avec la scène de démembrement à la tronçonneuse.


"Body double"

"Scarface"


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Maniac"
Les effets sanglants, signés une fois encore Tom Savini (cf. "Vendredi 13"), présentent ce qui se fait de plus effroyable avec du latex et de l'hémoglobine : éventration, décapitation, explosion d'une tête, scalp au cutter d'une prostituée (avec vue sur le crâne dénudé sous le cuir chevelu)...


• Les scènes dans le repaire de l'assassin (transposition du château du monstre des histoires fantastiques) constituent généralement le point culminant des films de psycho killer qui n'adoptent pas la structure de l'enquête. Témoin "Mother's day" (voir la fiche du film).

"
Massacre à la tronçonneuse 2"
Contrairement au premier volet ("
Massacre à la tronçonneuse"), réalisé dans les années 70, ce film ne recule pas devant le gore. "C'est une réaction envers ceux qui n'ont pas compris l'humour et les clins d'oeil du premier", déclare Tobe Hooper. "Pour que ça paraisse évident, j'ai mis le paquet dans l'outrance. Même raisonnement concernant l'horreur : beaucoup de gens m'avaient critiqué sous prétexte que je ne montrais pas suffisamment de détails abominables. Ils voulaient du gore, je leur en ai donné un maximum dans cette suite." (entretien avec Marc Toullec, Mad movies n°94, mars 1995)

III - Remakes et variations sur de vieux mythes

Le thème du tueur psychopathe n'est pas le seul à être remis au goût du jour. Engouement pour les effets spéciaux oblige, de vieux mythes du fantastique réapparaissent dans les années 80, avec mission pour les cinéastes de montrer ce qui naguère était suggéré.
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Poltergeist"
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Le loup-garou de Londres"
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The Thing", remake de "La chose d'un autre monde" (Christian Nyby, 1951)
"La Mouche", remake de "La mouche noire" (Kurt Neumann, 1958)

IV - Pastiches et parodies

Boom sur le gore oblige, le sous-genre attire de jeunes réalisateurs qui voient là un espace de libre création et l'assurance de rembourser (au minimum) l'investissement initial. Comme les pionniers des années 60, ils ne se prennent pas au sérieux et compensent la minceur de leurs budgets par leur astuce et leur débrouillardise. Pour mieux séduire le public, ils n'hésitent pas à aller plus loin dans l'outrance que leurs glorieux aînés qu'ils se plaisent à citer. C'est ainsi que, à force de surcharge et d'enthousiasme, ils font basculer le gore dans l'humour volontaire et la parodie : Frank Henenlotter, avec "Frères de sang", Stuart Gordon, avec "Re-animator", Sam Raimi, avec "Evil dead".


"Frères de sang"

"Evil dead"

Ces 3 films ont attiré l'attention sur des cinéastes qui, par la suite, ont confirmé leur aptitude à mettre en scène. Ce n'est pas le cas de tous les réalisateurs de films gore parodiques : "Toxic" de Michael Herz et "Street trash" de Jim Muro (voir les fiches des films) sont demeurés des succès isolés dans la carrière de leurs auteurs. Il faut dire que leur statut de film culte tient exclusivement au comique outrancier de leurs sujets.

V - Omniprésence du gore

Parallèlement à ces mutations liées au film d'horreur, le gore poursuit sa percée dans le cinéma non horrifique. Il continue à inspirer les réalisateurs les plus originaux et à ouvrir de nouveaux horizons au cinéma de genre (principalement le film de guerre et le polar). Mais il n'est plus l'apanage des audacieux. Ses codes, désormais connus et reconnus, s'imposent comme une norme dans les productions les plus grand public.

La meilleure preuve de cette acceptation du gore tient à l'évolution d'un cinéma qui vise un public familial (cette intrusion du gore dans les divertissements familiaux n'étant d'ailleurs pas limitée aux Etats-Unis).

• Dans "Les aventuriers de l'arche perdue", des dizaines de personnes sont éliminées de manière violente à l'écran, et si Lucas aurait coupé au montage toutes les tripes et tout le sang qui giclaient d'abondance, le finale avec les têtes des méchants qui fondent littéralement sous l'action de manifestations divines demeure intact. Certes, il s'agit d'une horreur très fantaisiste, mais même le critique de L'Ecran fantastique s'étonne de voir, "dans ce qui se veut avant tout un divertissement familial, des images de momies en décomposition et des visages léchés par les flammes, dans un style graphique qui n'a rien à envier aux films italiens de zombies". (Jean-Marc Lofficier, L'Ecran fantastique n°20, septembre 1981)

• Loin de s'en tenir là, Spielberg corse les effets gore dans le 2ème volet de la saga, "Indiana Jones et le temple maudit" : la caméra s'attarde sur les lambeaux de chair qui ornent un pont de liane visité par les crocodiles et elle cadre avec la même complaisance les yeux qui surnagent dans les assiettes de soupe d'un festin exotique. Surtout, Spielberg filme en gros plan un sacrifice humain au cours duquel le grand prêtre arrache de ses mains le coeur de l'"élu" encore vivant. On n'avait jamais vu des plans aussi crus dans un film tous publics, ce qui a d'ailleurs provoqué aux Etats-Unis de nombreux mouvements de protestation et la création d'un nouveal label "P.G.-13" (accompagnement d'un parent souhaitable pour les moins de 13 ans).


Le nombre de films qui utilisent le gore pour renforcer le réalisme de la représentation a banalisé le procédé. Mais, intégré dans une mise en scène qui lui accorde davantage que la valeur anecdotique de quelques plans sanglants et complaisants destinés à "faire vrai", le gore contribue au regard authentiquement neuf porté sur un sujet bien connu.

"La dernière tentation du Christ" en offre un magnifique exemple. Pour la première fois, un cinéaste se démarque de l'imagerie aseptisée habituelle pour représenter ce à quoi devait ressembler une crucifixion : il fait jaillir le sang des mains et des pieds du Christ lorsque les soldats y enfoncent les clous et, plus tard, lorsque Marie Madeleine soigne le corps de Jésus, il insiste sur les cavités qu'ont laissées ces clous dans les chairs à vif. Par ailleurs, sur sa croix, le supplicité ruisselle de sang à cause de la couronne d'épines posée sur sa tête.


• A sa manière, Paul Verhoeven, dans "La Chair et le Sang", confère une dimension légendaire au Moyen-Age qu'il a recréé à partir d'une recherche historique très précise. Pris isolément, chaque détail est authentique : de la fillette à la langue arrachée par les soldats en bordée aux morceaux de chien crevé jetés dans l'enceinte d'une forteresse afin d'y répandre la peste.

Le cinéma gore américain des années 90 : l'éparpillement

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