| titre original | "Always" |
| année de production | 1989 |
| réalisation | Steven Spielberg |
| montage | Michael Kahn |
| musique | John Williams |
| interprétation | Richard Dreyfuss, Holly Hunter, Brad Johnson, Audrey Hepburn, John Goodman |
Review de Gilles
Penso (www.filmsfantastiques.com)
Première tentative de Steven Spielberg dans l'exercice du remake,
"Always" est une très honorable réussite, injustement ignorée au moment de sa sortie. Après "Indiana Jones et la dernière croisade", les spectateurs
s'attendaient sans doute à une nouvelle aventure épique digne d'une bande dessinée ou d'un serial. Or, Spielberg change volontairement de style et de cap, quitte à dérouter un peu son public. Par une astucieuse adaptation scénaristique, le pilote de guerre
d'"Un nommé Joe" de Victor Fleming (le film qui sert d'inspiration à "Always", et dont on pouvait voir un extrait dans "Poltergeist") est devenu pilote
de Canadair, ce qui nous vaut d'époustouflants combats contre le feu, entièrement reconstitués via d'incroyables effets visuels à base de maquettes supervisés par I.L.M.
Toutefois, la voie qu'emprunte "Always" s'éloigne du spectaculaire au profit d'un fantastique empreint de légèreté, de simplicité et de tendresse, voire de poésie en certains
moments inspirés. Le choix des comédiens n'y est absolument pas étranger, puisque le film repose presque essentiellement sur eux.
Endeuillée s'efforçant maladroitement de réfréner ses émotions, Holly Hunter est extrêmement
convaincante dans le rôle de Dorinda, qui vient de perdre son bien-aimé dans un de ces crash qu'elle redoutait depuis longtemps. Richard Dreyfuss, acteur fétiche de Spielberg, héros de deux de ses plus grands films ("Les dents de la mer" et "Rencontres du troisième type") campe un fantôme très attachant, partagé entre l'humour et l'amertume. Le père d'"E.T." parvient à éviter la larmoyance facile pour aborder le sujet
avec un maximum de réalisme et de justesse.
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Entouré de son équipe habituelle, Spielberg s'est cependant octroyé les services du directeur de la photographie Michael Salomon, auteur des images bleutées de "Abyss", auquel
"Always" fait allusion au cours d'un climax aquatique. Notons au passage la belle idée d'utiliser Audrey Hepburn dans le rôle d'un ange. Ce qui nous ramène à l'époque du
"Choc des Titans" où Laurence Olivier, Ursula Andress et Maggie
Smith incarnaient les dieux de l'Olympe.
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Spielberg
n'ayant pas son pareil pour piquer au vif l'intérêt des spectateurs dès les premières secondes de ses films, il nous offre un extraordinaire plan d'ouverture dans lequel le calme somnolent de
deux pêcheurs assoupis dans une barque est brutalement interrompu par l'entrée dans le champ d'un gigantesque Canadair venu recharger son réservoir juste derrière eux. C'est ce qui s'appelle
savoir entrer dans le vif du sujet. Virtuose du symbole et de la métonymie, il ponctue par ailleurs "Always" d'images simples mais très évocatrices, comme cette petite cuiller
entièrement pliée sur elle-même, que Dorinda tenait à la main pendant que Peter, en pleins cieux, était en difficulté. Sans le moindre dialogue, avec du langage cinématographique pur, l'angoisse
et l'appréhension nimbent tout l'écran. En ce domaine, Spielberg s'affirme comme un
maestro et un digne héritier d'Alfred Hitchcock.
Assez ironiquement, Tom Cruise se vit proposer à l'origine le rôle de Ted Baker, qu'il refusa
au profit de Brad Johnson. Il allait finalement retrouver Spielberg une décennie plus tard pour "Minority report" et
"La guerre des mondes".
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |