| titre original | "The Howling" |
| année de production | 1981 |
| réalisation | Joe Dante |
| musique | Pino Donaggio |
| maquillage | Rob Bottin |
| récompense | Prix de la critique au festival international du film fantastique d'Avoriaz 1981 |
| suites | • "Hurlements II", Philippe Mora, 1985 |
| • "Hurlements III", Philippe Mora, 1987 |
Review de
Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Fantasticophile accompli, Joe Dante choisit avec
"Hurlements" d'approcher le thème de la lycanthropie sous un angle à priori policier. Ainsi, le film s'ouvre sur l'assassinat mystérieux d'une dizaine de femmes à Los Angeles.
Une journaliste de télévision, Karen White (Dee Wallace), enquête sur le tueur, Eddie (Robert Picardo). Sa rencontre avec
le psychopathe dans une cabine de sex-shop la traumatise au point qu'elle doit, sous les conseils du docteur Waggner (Patrick MacNee), passer quelques jours
dans la « colonie », un endroit sauvage et serein qu'il dirige. Là, Karen se rend compte que la pleine lune transforme tous les patients du docteur en loups-garous, y compris son mari, mordu par
la belle Marsha, et Waggner lui-même, chef de la troupe.
Ce film marque une date assez importante, dans la mesure où le mythe du loup-garou y connaît un renouveau décisif, tant dans son approche thématique que dans sa mise en image. Dante s'amuse à
mêler le classicisme (la pleine lune, les balles d'argent) et la modernité (le reportage télévisé, le serial killer urbain), et assume pleinement les implications psychanalytique de ses
hommes-loups. Ces derniers atteignent souvent l'apogée de leur bestialité lors d'excitations sexuelles, le monstre symbolisant alors le Ça dans toute sa splendeur. Cette audace trouve un
répondant dans des effets spéciaux révolutionnaires, donnant à voir des loups-garous très impressionnants, bipèdes, féroces et gigantesques.
Dès lors, il ne sera plus possible de se contenter de maquillages à la Belle et la Bête dans ce domaine. Cette charnière visuelle est due en particulier à Rob Bottin, auteur des maquillages spéciaux, qui réalise
ici la métamorphose d'homme en loup la plus spectaculaire jamais vue à l'écran. Aux effets de Bottin s'ajoutent la surréaliste transformation en dessin animé d'un couple au bord d'un feu de camp,
et un plan large hélas trop furtif d'un trio de lycanthropes animés image par image par David Allen. A l'origine, le film devait contenir plus de monstres
animés, Joe Dante étant un fan irréductible de Ray Harryhausen. Mais les créations de Rob Bottin, tardivement achevées, se sont avérées très différentes,
morphologiquement, des figurines de David Allen, ce qui posa d'évidents problèmes de raccords. « La décision de ne pas utiliser mes plans d'animation fut douloureuse pour moi, parce que ça représentait beaucoup de travail », nous avouait tristement Allen à ce propos, «
mais je suppose qu'elle était logique à une plus grande échelle. » (1)
Fidèle à son habitude, Dante multiplie les clins d'œil cinéphiliques. Ainsi, il donne à ses personnages des noms de réalisateurs de films de loups-garous (Waggner, Kenton, Francis, Newfield,
William Neil, Fisher, Barton, Landers), il fait apparaître des guest-stars (Roger Corman, Forry Ackerman, et surtout John
Carradine) et montre un loup de Tex Avery à la télé pendant l'attaque d'un lycanthrope. En médecin ambigu, Patrick McNee s'avère étonnant, à mille lieues du John Steed de "Chapeau melon et
bottes de cuir" dont il conserve malgré tout l'impeccable charisme.
Le film s'achève sur une note émouvante, spectaculaire et terriblement cynique.
(1) propos recueillis par votre serviteur en avril 1998. Cette interview a été publiée dans son intégralité dans le livre "Stop-Motion".
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |