"All work and no play makes Jack a dull boy"

| titre original | "The Shining" |
| année de production | 1980 |
| réalisation | Stanley Kubrick |
| scénario | Stanley Kubrick et Diane Johnson, d'après le roman éponyme de Stephen King |
| photographie | John Alcott |
| interprétation | Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, Scatman Crothers |
"Shining est un film optimiste. C'est une histoire de fantômes. Tout ce qu'il dit, c'est qu'il y a une vie après la mort, c'est optimiste." (Stanley Kubrick)
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Review de Pierre
Mardi soir dernier, j'étais malade comme un chien. Allongé sur mon canapé en pleine "blanquettemanisation", j'étais sur le point de m'endormir.
Tout d'un coup, j'ai entendu un voix, qui venait de la télé, et qui prononçait des dialogues qui m'étaient familiers : "... et ils ont eu recours au cannibalisme pour survivre... Arrête, chéri,
tu vas lui faire peur... Mais non, maman, je sais ce que c'est, je l'ai vu à la télé... Tu vois, chéri ? il n'y a pas à s'en faire, il l'a vu à la télévision...". Instantanément, je dois le dire,
j'ai reconnu "Shining", ce qui est assez normal, vu que j'ai vu ce film 150 fois. Cela dit, ça m'a fait lever un sourcil et ouvrir un oeil. Petit à petit, je me suis dit que
j'allais en mater 10 minutes de plus, et puis allez, encore un peu... et je l'ai terminé. C'est trop génial.
Le pitch : D'abord, c'est difficilement pitchable, et ensuite, tout le monde l'a vu.
On peut dire que la filmo de Kubrick est divisée en 3 parties bien distinctes :
- 1ère partie : Kubrick comme
réalisateur "classique" pour les studios. C'est la période "Ultime razzia", "Dr. Folamour", jusqu'à "Lolita" ;
- 2ème partie : Kubrick révolutionne l'histoire du cinéma : ça commence avec "2001 :
l'odyssée de l'espace" en 1968 (une rupture dans sa filmo, mais aussi dans l'histoire), jusqu'à l'échec public de "Barry Lyndon" en 1975 ;
- 3ème partie : Kubrick cinéaste de film de genre ("Shining" et "Full metal jacket" - je sors "Eyes wide
shut" de cette analyse, c'est un film trop spécifique et inclassable).
Bref,
"Shining" intervient à un moment bien précis de la carrière de Kubrick : il a besoin de se refaire. Pour la première fois, il n'est pas visionnaire (comme pour "2001" ou "Orange
mécanique"), il suit une mode qui a été tracée par d'autres, en l'occurence celle des films d'horreur adaptés de Stephen King (en 1980, date de la sortie de "Shining", De Palma avait déjà bien balisé ce terrain-là). Autre originalité, pour une fois, Kubrick ne
choisit pas un acteur "falot" ou désincarné pour le rôle principal. Dans "2001" ou "Barry Lyndon", les héros étaient effacés. Dans
"Shining", Kubrick fait appel à Nicholson, qui était déjà un monstre sacré à l'époque. Donc, c'est un film plutôt original dans la filmo de Kubrick.
Il faut voir comment il va s'approprier ça, c'est génial. Il en a fait un film qui vient complètement de lui et de lui seul (King a d'ailleurs dit à maintes reprises qu'il détestait le film). Le
bouquin parlait de plusieurs choses : un écrivain raté, ancien alcoolo (clairement un autoportrait, avec cette figure récurrente de l'écrivain chez King) ; un gamin avec des pouvoirs surnaturels
; et une force maléfique dans l'hôtel, en fait l'esprit d'Indiens enterrés en-dessous, qui prenait possession du père pour acquérir le pouvoir du môme. Dans le film, Kubrick brouille complètement
les pistes et multiplie les niveaux de lecture. De fait, j'ai vu "Shining" 150 fois, mais je dois reconnaître que je ne sais pas complètement de quoi ça cause.
D'un côté, c'est l'histoire d'une famille qui va mal. On peut penser tout simplement que le père devient dingo.
Mais en même temps, il y a au moins 2 phénomènes surnaturels dans le film, qui ne peuvent pas s'expliquer de manière normale : 1) la porte du frigo qui s'ouvre quand Nicholson est enfermé dedans,
2) la photo de la fin où Nicholson apparait comme ayant été un invité en 1921 (je ne sais toujours pas ce que ça veut dire).

Par ailleurs, plus je vois le film, plus mon avis change sur les personnages. En fait, il n'y a pas de méchant à proprement parler :
- le personnage de la mère me semble très intéressant. On sait que l'actrice, Shelley Duvall, a passé un mauvais quart d'heure à devoir
jouer ce rôle et que ça a été difficile pour elle (travailler avec Kubrick et Nicholson, vu comment ils devaient se la péter, ça devait pas être marrant). Moi, je trouve qu'elle s'en sort très
bien, et j'ai toujours adoré son personnage. En fait, le "shining", c'est elle : elle l'a sans le savoir (elle a des visions elle aussi à la fin du film), ce qui lui permet de trouver les
ressources nécessaires pour s'en sortir.

- le personnage du père est aussi moins clair qu'il n'y parait. On pourrait même penser que, d'une certaine manière, il aime son fils
et qu'il se sacrifie à la fin. En proie à des forces qui le dépassent, il se laisse mourir dans le labyrinthe. Les "esprits maléfiques" lui jouent toute une comédie pour flatter tous ses bas
instincts (le cul, l'alcool, le machisme, le racisme), mais d'une certaine manière, le mec finit par résister in extremis à ses pulsions mauvaises. Quoi qu'il en soit, on retrouve bien
la thématique père/fils déjà présente dans "Barry
Lyndon", sur un mode encore plus rude.

Et puis, c'est difficile de parler de ce film sans évoquer la prestation gargantuesque de
Nicholson. Il est impressionnant. Il cabotine comme un énorme porc, et c'est génial. Le mec utilise absolument toute la palette possible dont un acteur peut user : ses yeux, sa bouche, ses mains,
ses cheveux, tout est expressif, et Kubrick ne se prive pas de le montrer sous tous les angles. Exemple : la gestuelle inénarrable de Nicholson, quand il marche énervé dans un couloir de l'hôtel,
et qu'il s'agite dans tous les sens. Il faut dire qu'il est aidé, car les dialogues sont vraiment bons : "Quand tu m'entends taper... ou que tu ne m'entends pas taper, quoi que je sois en train
de faire ici, ça veut dire "je travaille", ça veut dire "n'entre pas"". Ou alors, ce moment absolument grandiose d'échange verbal entre Nicholson et Shelley Duvall : "Et QUAND crois-TU que l'on
devrait l'emmener chez un DOCteur ?", avec ce moment où Nicholson imite Shelley Duvall en disant sur un ton plaintif et geignard "aussitôt que possible". C'est juste génial : c'est à la fois le
mec qui se moque de sa femme, et Nicholson qui se moque de Shelley Duvall. C'est du grand acting.
Au final ? "Shining" est un chef-d'oeuvre. Un vrai scoop, cette review !
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Le making of du film, 1ère partie (vost) |
Le making of du film, 2nde partie (vost) |
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Zoom sur "Shining" |
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Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard
Un film fascinant sur les phénomènes parapsychologique extrasensoriels.
La fin du livre de King, l'explosion de la chaudière, a été modifiée car trop convenue. "Il fallait", explique Kubrick, "une fin que le public ne put
prévoir." Jack Nicholson réussit à maintenir le suspense sur ses motivations jusqu'au bout.
Non seulement une attention très grande est accordée au son, mais utilisant une caméra steadycam, Kubrick multiplie les travellings et les fondus dans les scènes réalistes ; pour la partie
imaginaire, au contraire, il privilégie les plans fixes. Ainsi naît un climat d'angoisse proche de celle des romans de Stephen King.

Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Chaque fois qu'il s'attaqua à une facette du cinéma fantastique, Stanley Kubrick lui offrit
une œuvre faisant date, que ce soit dans le domaine de la politique-fiction ("Docteur Folamour"), du space-opera ("2001
: l'odyssée de l'espace") ou de l'anticipation ("Orange mécanique"). Systématiquement, il s'appuya sur un roman classique, et "Shining", sa première incursion
dans l'épouvante, ne déroge pas à la règle. Ici, l'heureux écrivain adapté est Stephen King, alors très en vogue à Hollywood grâce au succès de "Carrie". Les premières
images de "Shining" donnent d'emblée le ton : vue d'hélicoptère, une minuscule voiture y gravit une route de montagne, aux accents d'un lugubre dies irae composé par
Wendy Carlos et Rachel Elkind.

Dans la peau de Jack Torrance, un professeur et écrivain en mal d'inspiration, Jack Nicholson
livre l'une de ses prestations les plus célèbres et les plus hallucinées. Pour se consacrer sereinement à l'écriture de son nouveau roman, Torrance accepte d'assurer le gardiennage d'un hôtel du
Colorado pendant la saison morte, en compagnie de sa femme Wendy (Shelley Duvall) et de son
jeune fils Danny (Danny Lloyd). Or ce dernier possède le shining, autrement dit certaines capacités divinatoires. Le gigantisme de la demeure
victorienne, entièrement déserte en plein hiver, commence à jouer sur les nerfs de Torrance, dont l'esprit est déjà passablement perturbé. Bientôt, Danny est frappé de visions cauchemardesques,
Wendy sent couver un danger croissant, et Torrance finit par basculer dans la folie, possédé par une force maléfique qui hante les lieux. Car l'hôtel fut jadis le théâtre d'un drame sanglant, au
cours duquel le gardien précédent assassina sa femme et ses deux fillettes avant de se suicider...




Il faut bien reconnaître que Kubrick ne fut pas tout à fait respectueux du texte original au
moment de son adaptation, délaissant quelque peu « l'enfant lumière » du roman (dont les capacités de télépathie et de voyance représentent un véritable enjeu dramatique) pour se concentrer
pleinement sur le personnage du père psychopathe. Mais paradoxalement, cette « trahison » dans la forme ne l'est guère dans l'esprit. En effet, Stephen King fut le premier à avouer : « Vampires, loups-garous, je n'y crois pas, mais je crois
aux meurtriers. Je crois en l'étranger qui vient dans votre maison au milieu de la nuit, frappe à votre porte, entre et vous tue. » Car la monstruosité humaine sera toujours plus terrifiante que
n'importe quelle manifestation surnaturelle.
Et comment rêver mieux que Jack Nicholson, le regard fou et les babines retroussées, pour
incarner cette incarnation de l'ogre ou du grand méchant loup des contes pour enfants ? Pour aller jusqu'au bout de l'approche psychanalytique, "Shining" s'achève dans un
labyrinthe, lieu ô combien symbolique où l'enfant pourra enfin « tuer le père ».

Entre-temps, Kubrick nous aura asséné des visions inoubliables, comme ces centaines de
feuilles sur lesquelles Torrance a tapé à la machine les mots « All work and no play makes Jack a dull boy », l'inscription « Red Rum » qui s'avère être une anagramme de « Murder », l'apparition
des deux jumelles mortes dans le couloir de l'hôtel ou cette vision récurrente du hall inondé par des hectolitres de sang.




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Et si "Shining" avait été une comédie sentimentale
? |
Bêtiser Stanley Kubrick |

Minimalist poster by Graphic Nothing
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |