Il se prend pour Dieu... Mais Dieu a horreur de la concurrence...
| titre original | "Re-animator" |
| année de production | 1985 |
| réalisation | Stuart Gordon |
| scénario | d'après la nouvelle "Herbert West, réanimateur" de H.P. Lovecraft |
| production | Brian Yuzna |
| interprétation | Jeffrey Combs |
| récompense | Mention spéciale horreur au festival international du film fantastique d'Avoriaz 1986 |
| suite | "Re-animator 2", Brian Yuzna, 1989 |
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Review de Pierre
Au début, il y avait Lovecraft,
auteur des années 30 et père de la littérature d'horreur. Le maître de l'angoisse suggérée, de
la description de l'indicible. En 1985,
il s'est passé ça : "Re-animator". Comment en est-on arrivé là ? Qui a
pu tranformer Lovecraft pour en faire ce délire gore sanguignolant ? Tout simplement ce mec : Brian Yuzna, a.k.a. le prince de la série B d'horreur fauchée.
D'abord producteur, il a engagé le jeune Stuart Gordon pour réaliser ce splendide
"Re-animator", qui m'a donné certains moments parmi les plus beaux de mes mercredis après-midi vidéo-club des années 80.
Alors, bien sûr, je joue les vierges outragées parce qu'au final, ça n'a rien à voir avec Lovecraft. Mais soyons honnête : on n'en
a rien à branler, c'est juste un film hyper fun (je dis ça parce que je l'ai revu hier soir).
Le pitch est marrant : Herbert West, jeune étudiant en médecine génial, mais hyper prétentieux, arrive à l'université de Miskatonic et y expérimente son merveilleux sérum fluo qui rend la vie aux
morts - sauf que ces derniers se réveillent de méchante humeur. Il en va ainsi du Docteur Hill,
ancien prof de médecine de West, qui se réveille la tête coupée. Heureusement, son corps lui permet de se déplacer, voire de pratiquer des cunni dans une scène
anthologique.
En plus d'être très, très gore, c'est un excellent cocktail entre l'humour et le macabre, très bien rythmé, à mon sens aussi bon que le classique "Braindead" de Peter Jackson (quand est-ce qu'il
se remet à faire des films un peu moins lisses, lui ?). Et la BO du générique est un pompage
années 80 de celle de "Psychose", c'est assez rigolo.
L'année suivante, Yuzna, Gordon, et Jeffrey Combs ont tous les 3 remis le couvert pour une autre "adaptation" de Lovecraft : "Aux portes de l'au-delà", dont
j'ai déjà parlé.
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Porter à l'écran l'écrivain H.P. Lovecraft, réputé « maître de l'indicible », n'était pas une tâche aisée. Le réalisateur Stuart Gordon, le producteur Brian
Yuzna et les scénaristes Dennis Paoli et William Norris ont relevé le défi avec culot, en reprenant les
personnages et les événements décrits dans le roman à épisodes "Herbert West, réanimateur", publié en 1921.
Afin d'adapter le récit initial aux goûts de l'époque, Gordon et son équipe ont resserré les péripéties dans le temps (la nouvelle s'étale sur 16 ans) et les
ont transposées en 1985. Pour couronner le tout, le cinéaste a insufflé à son film deux éléments résolument étrangers à l'univers lovecraftien : la comédie et le sexe. Même si, convenons-en,
l'humour est ici très noir et l'érotisme plutôt morbide. Le style de l'écrivain n'est donc pas fidèlement restitué, mais le résultat est une vraie réjouissance, accommodée de surcroît aux
débordements du gore cher aux années 80, via une accumulation de séquences d'horreur trop excessives pour ne pas être drôles.
Le personnage central, Herbert West, jeune étudiant en médecine, débarque fraîchement à l'université d'Arkham. Il a trouvé le moyen de ressusciter les morts mais
préfère pour l'instant en garder le secret. Assez rapidement, West se choisit une demeure qu'il va partager avec Dan, un autre étudiant, et couve déjà d'un œil cupide la cave qui servira à ses
hérétiques expériences. Il s'en prend d'abord au chat de la maison qui, de cadavre conservé au frigo, se transforme bientôt en bête meurtrière avant d'être écrabouillé. Devant Dan, West démontre
l'efficacité de son produit fluorescent qui, par simple injection, fait revenir à la vie le cadavre mutilé. Bien qu'il soit effrayé, Dan accepte d'aider West. Un corps robuste est donc réanimé à
la morgue de l'université et se jette frénétiquement sur Alan Halsey, père de la fiancée de Dan et administrateur de l'école. West élimine le mort-vivant avec un trépan électrique et ressuscite
aussitôt Halsey. Mais les morts, après leur résurrection, n'ont plus du tout le comportement qu'ils avaient de leur vivant. D'où une cascade de situations virant du vaudeville au cauchemar le
plus intense.
Dans la peau de l'ambigu Herbert West, personnage très sombre mais qui, peu à peu, gagne la sympathie des spectateurs, Jeffrey Combs révèle un grand talent,
trouvant là indiscutablement le rôle de sa vie. Pour Stuart
Gordon, qui effectuait ici ses premiers pas dans la mise en scène, "Re-animator" est également une œuvre d'exception, le cinéaste n'étant jamais parvenu à
l'égaler par la suite. Au cours du climax, sommet de frénésie et de démesure, West est carrément attaqué par les entrailles d'un cadavre qui tentent de l'étouffer comme un anaconda ! «
Le premier montage de "Re-Animator" montrait un film très sérieux, sans humour du tout », nous explique Brian Yuzna. « Mais dès que
Richard Band a composé la bande originale, certaines séquences ont pris un second degré comique, lorgnant même parfois du côté du cartoon. » (1)
Quant au thème du générique, c'est un hommage très appuyé à celui de "Psychose". Le sujet du film évoque irrésistiblement Frankenstein, et la suite, réalisée
par Yuzna en personne, officialisera quasiment cette parenté.
(1) propos recueillis pas votre serviteur en février 1994
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |