| titre original | "Rambo : first blood part II" |
| année de production | 1985 |
| réalisation | George Pan Cosmatos |
| scénario | Sylvester Stallone et James Cameron |
| photographie | Jack Cardiff |
| musique | Jerry Goldsmith |
| interprétation | Sylvester Stallone, Richard Crenna |
| épisode précédent | "Rambo", Ted Kotcheff, 1982 |
| épisodes suivants | • "Rambo III", Peter MacDonald, 1988 |
| • "John Rambo", Sylvester Stallone, 2008 |
Review de Pierre
Merci TF1 pour cette merveilleuse soirée cinéma d'hier, avec des films sélectionnés avec un goût très sûr. D'abord "Demain ne meurt jamais", qu'on connait par coeur, mais c'est toujours
sympa. Surtout, enfin, j'ai revu "Rambo II : la mission", pas visionné depuis des années.
C'est l'hallu. Même sur les critères d'aujourd'hui, le scénario est d'une indigence rare : il n'y a rien ! Le film comporte deux décors et trois scènes : Rambo repart dans ce "foutu
merdier", il est lâché par les siens, capturé, torturé, mais il revient et il les défonce tous.
Les scènes d'action sont toutes pourries mais rigolotes (grand moment où Rambo sort de partout à la fois pour dégommer les niaques, il sort d'une rivière, de la boue, d'un arbre : il est fort, ce
con !).
Surtout, les dialogues sont anthologiques :
- "Oh ! et encore une chose, messieurs : ce que
vous appelez l'enfer, il appelle ça chez lui."
- "Cette fois, on y va pour gagner,
Colonel"
- "- Mais qu'est ce que tu veux, Rambo ?
- Ce que je veux ? C'est ce que eux veulent... ce que tous ceux qui ont donné leurs tripes dans ce pays veulent... je veux que mon pays m'aime comme je l'aime...
- Mais comment vas-tu vivre ?
- Au jour le jour"
Waw ! C'était quand même une époque où Sly régnait en maitre incontesté sur le blockbuster ricain, une époque où Schwarzy n'était qu'une tapette de série B dans l'ombre de Stallone. Faut
que je revois "Cobra", moi !
Le cinéma américain et son Viêtnam
"Images et sons", Béatrice Fleury-Vilatte
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L'immense succès de "Rambo II" aux Etats-Unis pose un certain nombre de questions. En effet, ce film aborde un thème délicat pour la conscience américaine : la guerre du Viêtnam. Cette guerre impopulaire allait infléchir la politique extérieure des Etats-Unis vers une pratique isolationniste qui ralentirait l'intervention et l'engagement des Etats-Unis à l'étranger. L'idée, chère à Kennedy, que l'Amérique avait une mission prestigieuse, celle d'endiguer le communisme en répandant « de par le monde les valeurs et, à travers elles, le leadership des Etats-Unis »1, s'est enlisée dans les marécages vietnamiens où les soldats américains ont trouvé la mort, dans une guerre qui n'a jamais cessé de soulever des controverses. Or, pour la première fois depuis le retrait des troupes américaines du sol viêtnamien (1973), un film américain prend le parti de rectifier l'histoire en refaisant combattre un ancien du Viêtnam sur le lieu de ses prouesses antérieures, pour lui assurer, cette fois-ci, une honorable victoire. |
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Il faut remonter jusqu'en 1968, avec le film de John Wayne "Les bérets
verts", pour retrouver un film qui affirme avec autant d'esprit partisan la légitimité du combat américain au Viêtnam. Le succès public du film, même contrebalancé par une presse
critique, semblait indiquer que l'Amérique était encore prête à sacrifier ses fils dans une guerre idéologique contre un ennemi communiste. |
On est loin de la mauvaise conscience qui, entre ces deux films, avait motivé le cinéma américain qui abordait le sujet.
En effet, les personnages qui revenaient du Viêtnam étaient tous atteints d'un dérèglement psychique qui les isolait du reste de la communauté américaine. Le héros de "Taxi driver",
interprété par Robert De Niro, ne réintégrait le groupe qu'après l'accomplissement d'un acte démesuré où il endossait la fonction de justicier moral. L'ancien du Viêtnam était la victime d'une
guerre incohérente qui, pour Elia Kazan dans "Les Visiteurs", pouvait transformer en bourreaux des personnages qui n'étaient pas fondamentalement
mauvais. Cette fatalité de la corruption les dédouanait des exactions qu'ils avaient pu commettre dans la jungle, et cela jusqu'en 1979, année du film de Francis Ford Coppola, "Apocalypse
Now", où la folie s'emparait d'hommes dévorés par la guerre.
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Si Rambo est un personnage tourmenté, la responsabilité n'en incombe ni à un quelconque dérèglement de sa part, ni à un indéfectible remords, mais à une certaine
Amérique trop prudente qui lui aurait refusé le droit de poursuivre son combat. Il est malade, non pas de la guerre qu'il a connue, mais de ne pouvoir la prolonger. Un conflit significatif oppose l'armée, désireuse de donner raison à Rambo, à un
sénateur opportuniste qui cherche à tout prix à colmater le passé pour l'oublier.
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On pense évidemment, non pas seulement aux pressions exercées sur Nixon pour qu'il mette un terme à
la guerre du Viêtnam mais, plus près de nous, aux conflits qui depuis 1981 opposent le Congrès à Reagan sur les projets de dépenses militaires relatifs aux troubles en Amérique
latine. |
Là où "Rambo II" est un film intéressant, c'est qu'il n'hésite pas à propager l'image d'un soldat américain fort et intransigeant sur le lieu d'une ancienne défaite ; elle soulage d'une pesante culpabilité. De cet amalgame, il ne reste que l'idée d'une Amérique échouant au Viêtnam par peur, et par déficience stratégique. Est balayée, du même coup, toute la mauvaise conscience qui accompagnait jusque-là l'évocation du Viêtnam. Ainsi, le sol viêtnamien redevient, dans le cinéma américain, le lieu héroïque où il est à nouveau possible de se servir de ses compétences militaires pour combattre. L'armée et ses décorations ne sont plus les parents pauvres, les sources d'une culpabilité sournoise qui poussait un militaire à se suicider juste après avoir été décorée dans "Le Retour". L'exubérance musculaire de Stallone résume par son étalage que le Viêtnam n'est plus seulement géniteur d'estropiés ou de psychotiques, mais également de héros physiquement resplendissants.
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L'énorme succès du film semblerait confirmer que les Américains ont
assimilé l'idée que leur pays a une erreur à réparer : devenir enfin victorieux sur le lieu d'une lourde défaite. La formule ne s'embarrasse pas de nuances et le public américain
applaudit un Rambo qui tue indistinctement Viêtnamiens et Soviétiques, exclusivement définis comme des ennemis à abattre. |
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Cette revanche puise sa justification dans la matérialisation d'un
adversaire démoniaque, procédé qui, parce qu'il évite d'expliciter la présence antérieure des Etats-Unis au Viêtnam, en arrive à la légitimer. Le Viêtnam était une pernicieuse
contradiction dans l'image d'une Amérique infaillible, le cinéma s'attache désormais à replâtrer les fissures laissées par la guerre. Le public est enthousiaste : il applaudit à nouveau à
d'autres films qui proposent des sujets analogues. |
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1. P. Mélandri, "La politique extérieure des Etats-Unis de 1945 à nos jours", Pans, PUF, 1982, p. 179
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |