| titre original | "Willow" |
| année de production | 1988 |
| réalisation | Ron Howard |
| production | Lucasfilm |
| scénario | d'après George Lucas |
| interprétation | Val Kilmer |
Review de Gilles
Penso (www.filmsfantastiques.com)
La maléfique reine Bavmorda (Jean Marsh) décide de se débarrasser d'Elora Danan, le bébé destiné à la supplanter sur le trône selon une de ces fameuse
prophéties dont l'heroïc fantasy se délecte. Mais l'enfant est déposé dans un panier de roseau sur un cours d'eau par sa gouvernante, cette dernière finissant dévorée par les chiens de
la cruelle souveraine. Willow (Warwick Davies), un petit homme de la tribu des Nelwyns, découvre la petite fille. Il part alors à la recherche d'un Daikini,
c'est-à-dire un homme grand, pour lui remettre le bébé. Sur son chemin, il trouve le guerrier Madmartigan (Val Kilmer), prisonnier d'une cage suspendue, qu'il libère à condition que celui-ci s'occupe d'Elora. Mais le bébé est rapidement capturé par les Brownies, une tribu
d'hommes minuscules. Pourchassé par les hommes de Bavmorda, Madmartigan doit donc retrouver Elora et braver mille dangers...
Beaucoup critiqué au moment de sa sortie, en particulier par les amoureux de "Star Wars" qui semblaient reprocher au producteur George Lucas d'avoir plagié sa propre saga interplanétaire, "Willow" mérite pourtant
de nombreux éloges. Certes, le scénario de Bob Dolman, reposant sur une histoire de Lucas, mixe une infinité de thèmes et
de motifs déjà utilisés, de l'Ancien Testament (Moïse sauvé des eaux) au "Seigneur des anneaux" (le village des nains calqué sur celui des Hobbitts) en
passant par le "Merlin l'Enchanteur" de Disney (les transformations de la fée Raziel) et quelques épisodes de "L'Odyssée"
(les soldats mués en cochons par la sorcière).
Mais tous ces emprunts n'empêchent pas "Willow" de définir sa personnalité propre et ne lui ôtent en rien ses très grandes qualités formelles. Les scènes d'action surprennent par
leur essoufflante vitalité (en particulier la descente des pistes neigeuses sur un bouclier), les effets spéciaux sont ahurissants d'inventivité (notamment la cohabitation permanente d'humains de
tailles différentes et l'inauguration sur grand écran des fameux « morphings »), et Val
Kilmer, tout juste sorti de l'hilarant "Top secret", est un parfait anti-héros dont les faits et gestes évoquent à la fois Indiana Jones et le Mad
Max du Dôme du Tonnerre.
On y trouve aussi d'horribles trolls simiesques et un incroyable
dragon bicéphale animé image par image sous la direction experte de Phil Tippett. « A l'origine, George Lucas envisageait un dragon à quinze têtes qui vivait
sous terre dans un puits de lave, mais nous avons tôt fait de le ramener à la raison ! », raconte Tippett. « Nous sommes finalement tombés d'accord sur deux
têtes. Richard Vander Wende a imaginé l'aspect de ce monstre que nous avions baptisé Eborsisk. Je crois qu'il l'a conçu comme un croisement entre une baleine
et un éléphant. » (1)
Si le film pèche par son scénario patchwork, et surtout par son affrontement final quelque peu abracadabrant, la bonne humeur qu'il distille, le souffle épique qui l'anime et son
incomparable maîtrise technique en font un spectacle de très grande qualité, soutenu par une partition pleine d'emphase signée James Horner.
"Willow" n'ayant pas été le succès escompté, George Lucas ne lui donna pas de suite
cinématographique, mais poursuivit les aventures de ses héros sous forme de romans.
(1) propos recueillis par votre serviteur en avril 1998. L'interview complète a été publiée dans le livre "Stop-Motion".
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |