| titre original | "Day of the dead" |
| année de production | 1985 |
| réalisation | George A. Romero |
| effets spéciaux | Tom Savini |
| récompense | Prix de la meilleure actrice pour Lori Cardille au festival du film de Sitges 1985 |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Il y eut d'abord la nuit ("Night of the living
dead"), puis l'aube ("Dawn of the dead"). Voici donc le jour ("Day of the dead"), troisième volet d'une trilogie dont chaque
épisode est autant la suite que le remake du précédent.
Ce nouvel opus était d'autant plus attendu que "Zombie" demeure aux yeux de beaucoup le meilleur film jamais réalisé sur le thème des morts-vivants. Après la vieille maison et
le supermarché, George Romero choisit d'enfermer ses protagonistes dans un abri
anti-atomique, troquant l'esprit révolutionnaire de 1968 et la critique du consumérisme de 1977 contre un acerbe pamphlet anti-militariste. Dans ce nouveau huis clos propice aux tensions en tout
genre, une poignée de rescapés, des savants et des militaires, résistent aux assauts répétés des morts-vivants qui ont envahi la Terre. Se supportant de moins en moins, les scientifiques et les
soldats luttent aussi entre eux, ce qui finit par faciliter l'infiltration des zombies dans le bunker.
« Les personnages ne sont pas les mêmes d'un épisode à l'autre, parce que chaque histoire se déroule à une époque différente au sein d'une même "mythologie" », explique Romero. « Les films sont très différents les uns des autres, du point de vue du style et de
l'atmosphère. Par exemple, on ne peut pas vraiment dire que "Le jour des morts-vivants" soit la séquelle de "Zombie". A titre personnel, cet épisode est
mon préféré de la trilogie » (1) Des moments extraordinaires parsèment en effet le film, notamment les plans démentiels de la ville désertée où se répandent dans l'indifférence générale des
centaines de billets de banque, ainsi que les séquences avec le zombie apprivoisé Bub, ou encore le prologue onirique où l'héroïne est attaquée par des centaines de bras qui déchirent les murs
qui l'entourent (réminiscence d'une séquence hallucinatoire du "Répulsion" de Roman Polanski).
De son côté, le maquilleur Tom Savini est allé bien plus loin que dans "Zombie", ses effets spéciaux composant
parfois des centaines de visages décomposés et surréalistes, au lieu des simples visages blafards et bleutés du film précédent.
Dommage, malgré tout, que Romero ait choisi un trop-plein de dialogues successifs pour
illustrer le différend qui oppose de plus en plus violemment les scientifiques et les militaires. Le rythme du film s'en ressent. Les oppressantes luttes intestines du premier film et l'action
soutenue du second n'atteignent jamais ici la même intensité, malgré une claustrophobie fort bien restituée.
« Nous étions alors dans une époque de méfiance et d'incertitudes », raconte Romero. « Tout le monde perdait foi dans le gouvernement, l'industrie et l'armée. Voilà pourquoi mes
héros rampent au fond d'un trou. Finalement, le personnage le plus sympathique dans ce film est Bub le zombie. C'est un film plus sombre et plus triste que les deux autres. » (2)
Fidèle à son habitude, le cinéaste opte pour un dénouement ouvert. Le carnage final n'épargnera qu'une poignée de survivants qui partiront en hélicoptère vers une île déserte, seul refuge à leurs
yeux susceptibles de les extraire aux griffes des zombies mais aussi de leurs semblables. De là à dire que "Le jour des morts-vivants" est un film misanthrope...
(1) et (2) propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005
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