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D'abord, c'est un film touchant pour moi, parce que c'est vraiment le film de vidéo-club par excellence, toute la notoriété de ce truc a reposé sur les premiers jours du magnétoscope. C'est un
peu gloubi, mais c'est comme ça.
Ensuite, c'est toute la passion de ce jeune metteur en scène de 20 balais mais talentueux qui se démerde avec deux brindilles et du ketchup pour essayer de faire un truc bien. C'est forcément
touchant.
Il y a aussi une autre chose qui fait beaucoup pour la qualité du film, c'est Bruce Campbell. Ce mec a vraiment l'air sympa et rigolo et il fait pour beaucoup dans la sympathie qu'inspire le
film.
Alors, si ce "Evil dead" est le plus effrayant de la série, force est de constater qu'à mon sens, en tant que film "qui fait peur", ça ne fonctionne pas vraiment. Il y a certes des références à
Lovecraft ou à "L'Exorciste", mais ça ne m'a jamais fait peur (contrairement à Eli Roth - interviewé dans le doc du DVD - qui dit que ça lui a foutu une trouille bleue).
En ce qui me concerne, c'est l'inventivité de la mise en scène, le côté over the top de certaines
scènes (la fille violée par des arbres !) et les effets spéciaux à la pâte à modeler que je retiens et qui me font aimer ce film.
Le doc du DVD est vraiment touchant. Bizarrement, ni Raimi ni Campbell n'y sont présents, mais il y a tous les autres, et notamment les actrices du film, qui sont assez marrantes à entendre (l'interview de la fille violée par les arbres est vraiment drôle : "Une scène de viol dans ce film ? Avec des arbres ? Non, vraiment, je ne vois pas de quoi vous parlez").
En tout cas, "Evil dead" est clairement le meilleur de la série, largement au-dessus du 2 (que je trouve très surrévalué) ou du 3 (que je trouve très sous-évalué). Voilà !
NB : Joel Coen est assistant monteur sur ce film. L'amitié Raimi/Coen perdurera d'ailleurs avec les années : Raimi apparait dans "Miller's crossing", il a écrit "Le grand saut", et on notera
également une vraie analogie entre "Fargo" et "Un plan simple".
Review de Gilles Penso (http://www.filmsfantastiques.com)
"Evil dead" est le premier et sans doute le meilleur film de Sam Raimi, le
mètre étalon du cinéma d'épouvante des années 80, un véritable phénomène salué à l'époque par des commentaires dithyrambiques de Stephen King en personne.
Et pourtant, qui aurait misé sur un scénario aussi basique et convenu ? Les protagonistes sont cinq amis (deux couples et une jeune femme un peu solitaire) qui ont loué une cabane dans la
montagne. L'endroit est sinistre, recouvert d'une épaisse brume et envahi par une végétation très dense.
Dans la cave de la maison, où l'horloge s'est subitement arrêtée, ils découvrent un vieux grimoire dont la couverture grimaçante semble être faite avec de la peau humaine, un gros magnétophone et une bande enregistrée par le dernier locataire. Celui-ci faisait des études sur la sorcellerie, et a vraisemblablement provoqué la colère de démons qui hantent l'endroit. En remettant en marche le magnétophone, une formule rappelant les démons est prononcée à voix haute. La chose monstrueuse qui vient de se réveiller dans les bois va transformer le séjour en véritable cauchemar. Les arbres, soudain animés d'une vie propre, violent Cheryl, mutilent Scott, et tous deux se muent bientôt en morts-vivants, tout comme Linda et Shelley. Seul survivant, Ash devra farouchement lutter contre ses anciens amis transformés en monstres hideux et hystériques...
On dit que tout le talent d'un auteur transparaît déjà à travers sa première œuvre, fut-ce un petit film d'horreur tourné avec une équipe de jeunes amateurs, du matériel 16 mm et un budget
étriqué. "Evil dead" confirme l'assertion, tant le résultat, étonnamment maîtrisé, recèle déjà en substance le génie de Sam Raimi et la quintessence de ses travaux futurs. Recyclant un thème d'une banalité pourtant
effarante, "Evil dead" se détourne bien vite des mécanismes d'un "Vendredi 13" auquel son prologue peut faire penser pour faire monter lentement l'épouvante à coups de chocs visuels surprenants,
dont certains semblent s'inspirer de "L'Exorciste", jusqu'à une explosion d'horreur où les scènes les plus éprouvantes ne sont pas épargnées au spectateur. Le décor
réel extrêmement sobre, les acteurs débutants au jeu très effacé, le grain de l'image, tout concourt à faire d'"Evil dead" un film potentiellement très angoissant.
Mais c'est surtout la manière révolutionnaire qu'adopte Sam Raimi pour filmer son histoire
qui restera dans les mémoires : travellings vertigineux accompagnés de rugissements indéterminés pour montrer la vision subjective du démon, panoramiques étonnants conçus en boucles fermées, très
gros plans, angles de prise de vue des plus inattendus, jeux constants sur les effets sonores (la voiture qui avance au milieu des arbres qui craquent, la balançoire qui frappe la porte de la
cabane dans un vacarme assourdissant)...
Tout ce déploiement de techniques insolites, jamais gratuites, sera utilisé comme leitmotiv dans l'œuvre ultérieure de Raimi, et imité par bien des metteurs en scènes. Notons que Joel
Coen, futur réalisateur de talent ("Sang pour
sang", "Fargo", "Le grand saut"), fit lui aussi ses premières armes sur
"Evil dead".
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