| titre original | "Pale rider" |
| année de production | 1985 |
| réalisation | Clint Eastwood |
| photographie | Bruce Surtees |
| musique | Lennie Niehaus |
| interprétation | Clint Eastwood, John Russell, Michael Moriarty, Christopher Penn, Richard Dysart, |
| Billy Drago |
Review de Pierre
Après "L'homme des hautes
plaines" et "Josey Wales, hors-la-loi", "Pale rider" est le 3ème western réalisé par Clint Eastwood. Le film date de 1985, une époque pas vraiment bénie pour ce genre (une fois encore,
Eastwood était en plein contre-courant). J'ai toujours eu un grand amour pour ce film-là, que
je n'avais pas revu depuis de nombreuses années. La ressortie Blu-ray est un prétexte comme un autre...
Le pitch : Une petite communauté minière est en proie au harcèlement de Coy LaHood, riche propriétaire du coin
qui veut faire dégager les mineurs pour s'approprier leurs concessions. Arrive le "preacher", un mystérieux cavalier solitaire qui va combattre LaHood... et régler au passage un vieux
compte...
Il y a beaucoup de choses dans ce film. J'y ai découvert un aspect qui ne m'avait pas frappé auparavant, c'est la préoccupation écologiste d'Eastwood, qui insiste sur le fait que LaHood "défigure" le paysage rural en utilisant des pompes
hydrauliques. Le réalisateur est semble-t-il très sensible à ça, il y revient à plusieurs reprises dans le film. Ensuite, c'est un quasi remake d'un classique du western : "L'homme des vallées perdues" de George Stevens, dont "Pale rider" reprend complètement l'histoire, à savoir : l'arrivée d'un
cavalier solitaire, une petite communauté en proie à un méchant propriétaire terrien, l'amitié/rivalité entre le cavalier solitaire et le leader de la communauté, l'histoire racontée du point de
vue d'un enfant (un sale gosse dans le classique de Stevens, une belle adolescente dans le film d'Eastwood).
Le réalisateur reprend donc de manière consciente la trame la plus classique qui soit, mais c'est pour mieux la pervertir. Car Eastwood fait de "Pale rider" un authentique film fantastique, en faisant de son personnage un
véritable fantôme, qui revient d'entre les morts pour accomplir une mystérieuse vengeance contre le shérif Stockburn. La première apparition d'Eastwood est une des plus grandes scènes qu'il ait
jamais faite dans un de ses films : la petite fille fait une prière pour demander un miracle et, en parallèle, on voit les premières images d'Eastwood apparaître au loin, en même temps que la
musique passe d'une tonalité douce vers des cuivres qui glacent le sang... C'est vraiment une séquence splendide. L'aspect "fantastique" passe notamment dans de tous petits détails, qui sont
vraiment extrêmement bien rendus. On ne peut comprendre "Pale rider" qu'en faisant attention aux expressions des personnages et en s'intéressant à de "petites choses" : c'est l'expression du
shérif Stockburn (un personnage qu'on voit à peine, mais qui est vraiment réussi) quand on lui décrit la physionomie du preacher et qu'il dit "cela ressemble à quelqu'un, mais il est mort" (à
compter de ce moment, Stockburn ne va cesser de garder une mine inquiète, comme s'il pressentait lui-même qu'il avait affaire à une entité surnaturelle) ; c'est aussi la manière dont Eastwood tue
Stockburn, en le criblant de balles aux exacts mêmes endroits que ceux de ses propres blessures.
La ressemblance est frappante entre ce film et certains westerns italiens réalisés quelques années auparavant, surtout le fameux "Django le batard". Est-ce
une référence consciente de la part d'Eastwood ? Ca m'étonnerait, d'autant que le thème du
"revenant" intervient à plusieurs reprises (soit de manière explicite come ici, soit en filigranne) dans son oeuvre.
On notera par ailleurs que les seconds rôles sont très réussis : Christopher Penn tout jeune, Richard Dysart (dont le
ventre explose dans "The Thing"), Richard Kiel ("Jaws" dans les Bond "L'espion qui m'aimait" et "Moonraker") très marrant, et surtout Michael Moriarty, acteur fétiche de Larry Cohen qui est vraiment très bon. Bref, c'est un très grand film.
Critique extraite du Guide des films de Jean
Tulard
Eastwood reprend le thème du fantôme déjà traité dans "L'homme des hautes plaines".
La deuxième variation sur ce sujet est moins réussie, mais très regardable tout de même.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon
Western visuellement somptueux (à ne pas voir à la télévision, la photo de Bruce Surtees étant audacieusement sombre), dont le scénario allégorique évoque "L'homme des vallées perdues" (George
Stevens, 1953), mais aussi les westerns précédents de Clint Eastwood ("L'homme des hautes plaines" et "Josey Wales,
hors-la-loi") : un héros solitaire, prêcheur mythique, inspire une communauté de mineurs menacée.
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |