Une version burlesque de "L'Exorciste" racontée du point de vue de deux morts" (Tim Burton)
| titre original | "Beetlejuice" |
| année de production | 1988 |
| réalisation | Tim Burton |
| musique | Danny Elfman |
| maquillage | Robert Short |
| interprétation | Alec Baldwin, Geena Davis, Michael Keaton |
| récompense | Oscar du meilleur maquillage |
Review de Gilles Penso (www.filmsfantastiques.com)
Bien qu'il traite d'un sujet familier, celui de la maison hantée, "Beetlejuice" ne ressemble à rien de connu. Adam et Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis, pas encore têtes d’affiche à l’époque), jeunes
mariés qui habitent une pittoresque maison au cœur du Connecticut, meurent dès le début du film dans un accident de voiture, en évitant un chien sur la route. Devenus fantômes, ils voient avec
horreur leur maison envahie par les Deetz, une riche et bruyante famille new-yorkaise. A l’instar du "Fantôme inexpérimenté" imaginé par H.G. Wells, qui ne
sait pas comment hanter une maison, les Maitland tentent en vain de chasser leurs envahisseurs. Ils demandent conseil à une vieille femme bien placée dans la hiérarchie de l’au-delà. Mises en
pratique, les recettes destinées à se débarrasser des intrus échouent lamentablement. Ultime recours : l’exorciste hystérique Betelgeuse, alias Michael Keaton rendu méconnaissable sous un savant
maquillage de Robert Short.
Une fois n’est pas coutume, le point de vue adopté est ici celui des fantômes. Nous n’avons donc pas affaire à une chasse aux fantômes, mais bel et bien à une chasse aux humains, qui représentent
les véritables intrus du film. Tim
Burton a une vision très personnelle de la mort. Pour lui, l'au-delà est une administration kafkaïenne et multicolore où les trépassés, dans l'état où ils ont quitté la
vie (un plongeur avec un requin en train de le dévorer, un explorateur à la tête réduite, une femme coupée en deux, un homme brûlé des pieds à la tête), attendent leur tour, un ticket à la main.
Quant à la tâche ingrate des fonctionnaires, elle échoit aux suicidés. A ces géniales trouvailles scénaristiques se greffe une multitude d'idées visuelles concrétisées par des effets spéciaux
parfois maladroits mais inventifs et pleins de charme. Leur supervision fut confiée à Alan Munro, ancien dessinateur de storyboards qui tomba
d'accord avec le réalisateur sur l'emploi de techniques le plus souvent artisanales. L'animation image par image y occupe une place de choix, ce qui semble logique étant donnés l'attrait de Tim
Burton pour ce mode d'expression, comme en témoigne son premier court-métrage "Vincent".
Les spectateurs ébahis découvrent ainsi une rampe d’escalier se muant en serpent géant, des vers des sables titanesques (émules de ceux de "Dune") rampant autour de la maison des Maitland ou encore des
sculptures hideuses qui prennent soudain vie. « Tim Burton a essayé de retrouver l'esprit d'un dessin animé en réalisant "Beetlejuice", et on peut dire qu'il a réussi son coup ! » (1), déclare à
ce propos Doug Beswick, responsable des séquences d’animation. Le délire bat donc son plein tout au long du film (au cours d’une séquence mythique, les
habitants, hantés par les fantômes, chantent soudain le "Day O" de Harry Belafonte en plein repas) et la musique de Danny Elfman rythme l'ensemble de manière trépidante,
imposant les gimmicks incontournables qui feront sa réputation (violon galopant, piano en contrepoint, chœurs enjoués). Même si la dernière partie du film se laisse aller à une
surenchère un peu excessive, "Beetlejuice" demeure l’une des œuvres maîtresses de Tim Burton, l’un de ses films les plus populaires et les
plus appréciés.
(1) propos recueillis par votre serviteur en avril 1998
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Un film n'est pas seulement une histoire que le cinéma vend, mais aussi une culture, un pays, un autre type de consommation. Cela, les Américains l'ont très bien compris. Bertrand Tavernier |