Films

Le dernier film de Robert Aldrich

titre original "...All the marbles"
année de production 1981
réalisation Robert Aldrich
photographie Joseph F. Biroc
musique Frank De Vol
interprétation Peter Falk, Burt Young, Vicki Frederick, Laurene Landon


Review de Sébastien Miguel

Tourné dans l’économie d’une série B,  "Deux filles au tapis" est l’histoire d’éternels saltimbanques, parcourant les routes, suant dans les salles miteuses dans l’espoir de rencontrer un jour la gloire. Comme dans "Prologue" ou "42ème rue" de Lloyd Bacon (1933), c’est cette quête effrénée du ‘Big Time’ qui va permettre aux personnages de subir les pires défaites, les pires humiliations : le combat boueux dans la foire chez les autochtones primitifs, ou le fait que l’héroïne soit obligée (convention du monde du spectacle oblige) de coucher avec l’un de ces plus ignobles représentants (le visqueux Burt Young).

Pourtant "Deux filles au tapis" est un film harmonieux, rempli de sérénité et d’apaisement. Un périple lent et ironique bercée par les chants de Leoncavallo et Paglacci.

Mais ce qui frappe le plus, dans cette œuvre à la profonde honnêteté, c’est l’équilibre entre la violence (intrinsèquement liée au tempérament d’Aldrich et de ses personnages) et les plages d’accalmies admirablement agencées - dans un script pouvant sembler somme toute assez répétitif. On pense à ces scènes touchantes entre les deux catcheuses se réconfortant dans de minables chambres d’hôtels. Ou le brusque sursaut de tendresse du manager (Peter Falk, merveilleux) envers la catcheuse qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

Aldrich, donc, surprend. Et détourne les idées toutes faites sur ce genre de spectacle. Ici, nul voyeurisme racoleur. Juste de la tendresse et beaucoup de compassion.

La victoire finale des California Dolls (Vicki Frederick et Laurene Landon superbes de beauté et d’humanité) est presque la nôtre tant la mise en image de l’affrontement nous fait ressentir les douleurs et les souffrances de ces deux combattantes. Après les multiples difficultés de sa propre carrière (inégale mais due à un système qui se désagrégeait inexorablement), Aldrich ne pouvait que leur offrir cette victoire. Constellées d’étoiles et d’applaudissements, les Dolls réussiront. Et dans le plan final du générique, c’est sur une fanfare triomphale que le dernier film de Robert Aldrich se terminera.


Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Sur un sujet piège (le catch féminin), un film retenu, nullement racoleur, qui évite tous les écueils avec une décontraction charmeuse évoquant le John Cassavetes de "Meurtre d'un bookmaker chinois".

Pour son dernier film, un pied de nez ironique de Robert Aldrich à ses adversaires.


Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Dernier film d'Aldrich.

Le monde sordide du catch féminin et un combat final extravagant.

On sent chez Aldrich le plaisir de filmer, mais nous sommes loin de ses grandes réussites.

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